Bienvenue sur le site du laboratoire de recherche “espaces sans qualités”

Quelques mots sur ce site :
Il est composé de trois parties
– 1- What’s cooking ? c’est-à-dire l’actualité d’espacessansqualités
– 2- Les archives vivantes, notamment dans l’espace “rapport d’activités temps réel”
– 3- Tests, essais et échanges en cours

Actualité : exposition “penser, créer” à la galerie Mad (30 bis boulevard Chave à Marseille)- vernissage jeudi 20 février 2014 à 18h00 – travaux d’étudiants et de diplômés, travaux de recherche, Adelin Schweitzer

“What’s cooking ?” peut utilement être complété de la page facebook d’espacessansqualités
>>> vers la page Facebook d’espaces sans qualités
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Présentation schématique du projet espacessansqualités

“espacessansqualités” est un projet de recherche (espaces urbains et interactivité) partie prenante de l’unité de recherche Project[s] née en 2014 de la fusion entre l’équipe Insartis et l’équipe ABC.

“espacessansqualités” est accueilli par l’École Supérieure d’Art et de Design Marseille-Méditerranée.

Comité de pilotage : Stéphane Hanrot, Philippe Campos, Jean-Louis Connan…

Responsables scientifiques :
Le conseil scientifique d’Insartis,
plus spécifiquement pour “espacessansqualités”
Frédérique Entrialgo et Ronan Kerdreux


fentrialgo (at) articule.net
ronan.kerdreux (at) espacessansqualites.net

Équipe de recherche : Dominik Barbier, Frédérique Entrialgo, Ronan Kerdreux

Organismes de rattachement de l’unité de recherche Project[s]:
École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille
École Supérieure d’Art et de Design Marseille-Méditerranée
École d’ingénieurs universitaire Polytech’Marseille

Directeur de l’unité de recherche Project[s] : Stéphane Hanrot

>>> vers l’historique

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Espaces sans qualités
de l’espace du réel à l’espace des possibles

La “ville numérique” se constitue actuellement en un paradigme transversal qui mobilise entre politique et esthétique, innovation et industrie, commerce et aménagement du territoire, l’ensemble des acteurs de la construction urbaine (artistes, designers, architectes, urbanistes, géographes, élus…) autour de la question du “comment vivre” cette nouvelle urbanité.
Les technologies numériques, dont le développement a amplifié et accéléré les mutations urbaines entamées à la fin du XIXè siècle, infiltrent aujourd’hui les espaces urbains, en modifient le paysage aussi bien que leurs usages et modes de gouvernance.
Les données qui transitent par les réseaux de communication GSM, les réseaux WiFi, les infrastructures de transport et d’information des usagers, les dispositifs de surveillance ou les équipements RFID s’agrègent au milieu urbain et produisent et distribuent en permanence des espaces dont la nature se modifie sous le régime de l’hybridation entre espace physique (espace matériel,
espace bâti) et “espace numérique”, où la connectivité permanente, les systèmes de géolocalisation, l’informatique ubiquitaire et mobile modifient en profondeur les modes d’être urbains à l’échelle individuelle et collective.
La connectivité permanente, le fait de pouvoir téléphoner, consulter ses mails ou internet avait déjà considérablement modifié les conditions de déplacement dans la ville et leur temporalités, (exemple précis, cf. l’âge de l’accès). Les flux d’informations et de captation en “temps réel”, les caméras de videosurveillance, tentent d’influencer nos comportements comme par exemple ces panneaux placés sur le bord des voies routières qui signalent ses excès de vitesse au conducteur. La visite touristique s’agrémente d’outils et de technologies de visualisation qui font disparaître tout support physique d’information afin de laisser plus libre cours à une expérience sensible des lieux, à la déambulation plus qu’au parcours. Les habitants d’une ville, équipés de capteurs de bruit et d’ozone, participent à la collecte des données urbaines et contribuent à la construction d’une “ville durable”. Les flux de personnes et de véhicules et les multiples formes de la mobilité urbaine sont visualisables sur des cartes dynamiques qui construisent des représentations urbaines au plus proche de la réalité quotidienne et qui révèlent au regard surplombant la texture des territoires habités. Des dizaines d’applications de géolocalisation pour mobiles permettent de localiser les points d’intérêts les plus proches du lieu où l’on se trouve, d’obtenir des informations ainsi que l’itinéraire à suivre pour s’y rendre. Couplées à des plates formes de réseaux sociaux, elles donnent corps aux rencontres en nous signalant la présence d’amis à proximité.
Comment qualifier les espaces urbains qui apparaissent dans les écrans de nos smartphones ? Que sont les espaces dans lesquels nous nous déplaçons quand nous visualisons des contenus en réalité augmentée ou le modèle cartographique d’un navigateur GPS, quand notre corps est ici pendant que notre œil est ailleurs, projeté dans une réalité numérisée ? Quels rapports nouveaux les espaces (les lieux) entretiennent-ils au collectif quand l’information se délivre sur des supports personnels en fonction de l’individu que l’on est (de notre identité) ou quand l’écran tactile installé dans l’espace public devient objet de discussion et d’échange entre habitants, support de consultation et décisionnel des collectivités territoriales. Quels rapports cet espace entretient-il avec ses signes, ses panneaux d’affichages, emblématiques de la ville contemporaine, quand ils disparaissent quasiment dans le tissu urbain, sous la forme de codes 2D, indissociables et indéchiffrables à l’oeil nu, ou au contraire quand leur forme abstraite s’étale, gigantesque, sur la totalité de la façade d’un immeuble ? Quelles nouvelles expériences du panorama urbain, et par rebond, de l’image de la ville, se dessinent dans les jumelles de réalité augmentée installées au sommet de l’Arc de Triomphe qui permettent de décaler les points de vues, de zoomer, d’incruster des vues du passé dans le paysage actuel. L’addition des vues individuelles créent-elles un paysage collectif ou celui-ci préexiste-t-il et sert-il de substrat commun ?
La question qui préoccupe le design au sein de cette problématique est de savoir comment qualifier ces mises en tension permanentes qui caractérisent cette ville contemporaine (global/local, privé/public, anonymat/surveillance, individu/collectif, intérieur/extérieur, espaces bâtis/espaces des flux,…), comment s’orienter dans un environnement aux frontières poreuses, dans des
lieux complexes, multiples et fragmentés, comment matérialiser l’effectivité d’une interrelation entre les corps, les lieux et les réseaux de communication numérique, bref comment donner forme et sens à ce que nous proposons d’appeler, en écho à la figure de L’Homme sans qualités de Robert Musil, des “espaces sans qualités”. Cette désignation, formulée en toute conscience de sa valeur approximative eu égard à la complexité de l’œuvre littéraire convoquée, a cependant pour avantage de désigner ces nouveaux espaces urbains en fonction d’un potentiel, en dehors de toute détermination technique, et d’en spécifier le caractère transitionnel et incertain à proximité du “sens du possible” énoncé par Musil :
“Mais s’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible. L’homme qui en est doué, par exemple, ne dira pas : ici s’est produite, va se produire, doit se produire telle ou telle chose; mais il imaginera : ici pourrait, devrait se produire telle ou telle chose; et quand on lui dit d’une
chose qu’elle est comme elle est, il pense qu’elle pourrait aussi bien être autre. Ainsi pourrait-on définir simplement le sens du possible comme la faculté de penser tout ce qui pourrait être “aussi bien”, et de ne pas accorder plus d’importance à ce qui est qu’à ce qui n’est pas.”
Se pose ainsi le cadre d’une ville à l’état latent, dont les formes préservent les conditions du possibles et où le design se dote des technologies de géolocalisation et de captation, de la programmation, du principe d’interactivité, comme outils et matériaux du projet.

Frédérique Entrialgo
Ronan Kerdreux

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